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J’étais chef de ma tribu. Et, j’étais femme. J’avais battu Cardoc’h en un loyal combat.
Je n’étais pas très grande, mais peu osaient se mesurer à moi, que ce soit à mains nues, à la hache ou avec le glaive de fer que j’avais gagné lors d’une bataille. J’avais acquis le droit de diriger mon clan.
Les raids recommençaient, les feux sur la côte nous avaient avertis. Cette fois, nous n’allions pas nous laisser surprendre.
Le Druide prépara la cérémonie qui devait nous apporter la victoire, nous rendre invincibles.
Un belle flambée s’élevait au centre du village. Nous avons mangé, bu, chanté, dansé, célébré les dieux et le Druide a dessiné sur nos corps les runes de force et de protection . Sur mon ventre, le bouclier fait de toutes les runes . J’étais désormais invincible.
Les vieillards et les enfants se sont endormis.
La nuit s’étendait encore sur la terre, lorsque nous nous sommes élancés vers notre destin.
Certains d’entre nous s’enfouirent dans des creux du sol, invisible derrière les rochers les moins hauts, les autres se fondaient aux grandes pierres, les corps couverts de peinture bleutée. Le brouillard s’étendait en nappes fuligineuses qui s’enroulaient autour des menhirs.
L’ennemi approchait, nous entendions les coups sourds de leurs pieds frappant le sol, ils parvinrent bientôt où nous les attendions. Et tandis qu’ils s’avançaient, prudents, les yeux englués par les vapeurs fantômes, nous surgîmes enfin, criants, hurlants, le visage déformés de peintures de guerre, nus comme des vers, effrayants !
Nous pouvions lire l’horreur dans leurs yeux ! Hommes, femmes jaillissaient du sol et fauchaient les jambes, pendant que d’autres semblaient prendre vie dans le cœur des rochers et de leur courtes lames égorgeaient, plantaient, décimaient tandis que les pen-baz s’abattaient.
Ma hache tournoyaient, fauchait. Ce jour-là bien des têtes ornèrent les pierres sacrées !
J’empêchait les miens de poursuivre ceux qui s’enfuyaient.
Nous apprîmes plus tard que de notre pays l’on disait que les morts se joignaient aux vivants pour défendre la terre.
Ar Men


